Un écran est un excellent geste barrière» : quand le sexe se déroule à distance

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Si l’on ne devait retenir qu’une scène du film Basic Instinct tant elle a été évoquée, imitée et parodiée (impossible d’oublier Chantal Lauby et sa choucroute dans La Cité de la Peur), ce serait bien entendu celle de l’interrogatoire. On y voit le personnage de Catherine Tramell, joué par Sharon Stone, avachie sur une chaise au milieu d’une salle de commissariat, décroiser puis croiser ses jambes laissant entrevoir ses parties intimes l’espace de quelques secondes.

Une scène culte d’un film culte qui a propulsé la carrière de l’actrice nommée l’année de sa sortie aux Golden Globes. Mais une scène qui n’était pas consentie. Sharon Stone le révèle dans son autobiographie "The Beauty of Living Twice" qui sortira le 31 mars mais dont Vanity Fair a publié des extraits : elle n’a pas été prévenue du fait que son sexe allait apparaître dans la version finale du film. Pire, elle a même été trompée.

Sous prétexte que "la couleur blanche [de sa culotte] faisait un reflet sur la caméra", un membre de la production aurait demandé à l’actrice de la retirer, lui assurant qu’on ne verrait rien. La réalisation du film terminée, elle fut invitée à le voir en présence du réalisateur Paul Verhoeven, "mais dans une pièce avec plein d’agents et d’avocats, la plupart d’entre eux complètement étrangers au projet. C’est là que j’ai vu le plan sur mon vagin pour la première fois" écrit-elle dans son autobiographie.

Méprisée par Michael Douglas

Stupeur pour celle qui fut nommée aux Oscars quatre ans plus tard pour son rôle dans Casino de Martin Scorsese. Elle gifle le réalisateur, pleure dans sa voiture et appelle son avocat pour lui demander comment elle pouvait faire retirer cette scène. Elle explique avoir finalement renoncé à toute poursuite pour empêcher la sortie du film ou la suppression de la scène : “J’ai réfléchi longuement et j’ai finalement décidé d’autoriser la scène. Pourquoi ? Parce qu’elle correspondait au film et au personnage. Et parce que, après tout, je l’avais fait”.

Une anecdote qui en dit long sur la manière par laquelle les actrices ont été et sont encore manipulées et méprisées par les hommes dans le monde du cinéma. Cette histoire n’est d’ailleurs pas la seule qu’évoque Sharon Stone dans son livre. Elle raconte aussi que son partenaire dans le film, Michael Douglas, s’était montré dédaigneux à son égard et "ne voulait pas passer d’audition avec [elle]".