Portrait de violo­niste : entre fier­tés et diffi­cul­tés

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Entre­vue réali­sée par Marie-Ève Duguay – Jour­na­liste

Loin d’ima­gi­ner qu’elle inté­gre­rait un jour l’Or­chestre du Centre Natio­nal des Arts (CNA), Marjo­laine Lambert a débuté la pratique du violon à l’âge de quatre ans. La Cana­dienne partage aujourd’­hui son parcours dans le domaine profes­sion­nel de la musique, et offre quelques conseils pour celles et ceux qui souhaitent faire carrière dans le milieu.

La Rotonde (LR) : Comment est née votre passion pour le violon ? 

Marjo­laine Lambert (ML) : J’ai grandi avec la musique autour de moi. Mon frère aîné a commencé à jouer [du violon] à un très jeune âge, et je m’y suis mise aussi, simple­ment pour le copier. Fina­le­ment, j’ai adoré l’ins­tru­ment et nous jouons aujourd’­hui tou.te.s les deux profes­sion­nel­le­ment.

J’ai étudié au Conser­va­toire de musique et d’art drama­tique de Montréal. J’ai ensuite fait mon bacca­lau­réat à McGill, puis ma maîtrise à l’Uni­ver­sité Yale aux États-Unis, et ai fina­le­ment complété mon docto­rat à McGill. Pendant mes études, j’ai joué avec plusieurs orchestres diffé­rents, notam­ment l’or­chestre phil­har­mo­nique de Yale […]. 

Après avoir gradué, j’ai été appe­lée par l’Or­chestre du CNA pour faire une tour­née à Édim­bourg. Le premier violon m’avait vu jouer à un réci­tal pendant mon docto­rat, et il s’était souvenu de moi. C’est la preuve qu’il faut toujours donner le meilleur de soi, peu importe l’oc­ca­sion ! Un an plus tard, j’y ai fait une audi­tion, et j’ai obtenu l’em­ploi que j’oc­cupe actuel­le­ment [au sein de l’Or­chestre] […]. 

LR : Avez-vous un projet dont vous êtes parti­cu­liè­re­ment fière ?

ML : J’ai aimé tous mes projets. Je les prends tous au sérieux et je me donne toujours à 110 %. Je suis notam­ment très fière d’avoir obtenu mon emploi au CNA. Les gens à l’ex­té­rieur du milieu ne savent pas à quel point il est diffi­cile de gagner sa place au sein d’un orchestre ; des heures et des heures de pratique sont requises pour obte­nir une audi­tion qui ne dure que trois minutes. J’ai donc été très chan­ceuse. 

J’ai parti­cipé au projet Les Gestes, [une créa­tion mondiale] réalisé[e] par Isabelle Van Grimde, et j’ai aussi travaillé auprès de Céline Dion pendant un mois : ces deux projets m’ont beau­coup marquée. J’ai égale­ment performé avec de grandes femmes cheffes d’or­chestre comme Dalia Stasevska, qui commencent tout juste à rece­voir la recon­nais­sance qu’elles méritent. 

LR : Est-il diffi­cile pour une femme de réus­sir dans ce milieu ? 

ML : C’est un métier diffi­cile pour n’im­porte qui. Par contre, j’ai l’im­pres­sion que les femmes doivent toujours être parfaites et qu’elles n’ont pas souvent les mêmes oppor­tu­ni­tés que les hommes. Par exemple, quand j’étais plus jeune, il était plus diffi­cile pour les femmes de rece­voir les mêmes bourses que leurs collègues du sexe opposé. Heureu­se­ment, je vois tranquille­ment des chan­ge­ments dans cette dyna­mique aujourd’­hui. 

Au CNA, il y a une belle parité. C’est surtout parce que nous faisons les audi­tions à l’aveugle : il y a un rideau qui sépare le.la muscien.ne [et les juges]. Les audi­tions sont donc vrai­ment basées sur le talent de la personne, et cela crée un senti­ment de justice et d’équité. 

LR : Travaillez-vous sur d’autres projets ces temps-ci ? 

ML : J’en­seigne au Conser­va­toire de Gati­neau depuis deux ans et j’adore ça. Je trouve que les bon.ne.s profes­seur.e.s peuvent faire une grande diffé­rence dans la vie de leurs élèves […]. Je n’en­seigne pas seule­ment le violon ; je montre aussi à mes élèves des méthodes de travail, de disci­pline et de réso­lu­tion de problèmes qu’il.elle.s peuvent appliquer à leur vie hors du conser­va­toire […]. 

J’adore pous­ser mes élèves à deve­nir les meilleures versions d’eux.elles-mêmes […], c’est pour cette raison que j’aime surtout ensei­gner aux adoles­cent.e.s. Ces jeunes vivent souvent des périodes de chan­ge­ment qui les forcent à décou­vrir qui ils.elles sont, et la musique leur sert de ressource pour se dépas­ser. L’heure que je passe avec eux.elles chaque semaine est un moment posi­tif qui doit être privi­lé­gié, surtout pendant la pandé­mie.  

LR : Avez-vous des conseils pour les personnes qui consi­dèrent une carrière en musique ?

ML : Être musi­cien.ne ne se résume pas à ce que nous voyons sur scène ni à faire des concerts […]. En réalité, ce domaine néces­site des centaines d’heures de travail et de pratique. Avant d’ob­te­nir mon poste au CNA, j’étais ma propre publi­ciste, ma propre gérante et je devais orga­ni­ser mon horaire. Il faut être réaliste, et être prêt.e à tout faire.

Je suggère donc à ces indi­vidu.e.s de poser des ques­tions aux gens du milieu, et de vrai­ment écou­ter leurs réponses. Mais, si une personne ne se voit pas faire autre chose et si ça ne la dérange pas de pratiquer tous les jours même pendant ses vacances, c’est une carrière qui en vaut vrai­ment la peine.

Larotonde