Quand et comment mettre fin à une psychothérapie ?

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Je sens que la fin de la thérapie va sonner », confie Clémence, 37 ans. Après avoir consulté plusieurs psys dans sa jeunesse, la jeune femme a entamé une nouvelle analyse en juillet 2020 pour « démêler un certain nombre de nœuds », dit-elle. Aujourd’hui, elle se sent en phase avec elle-même.

Atteindre cet « état » peut être le signe, en effet, que l’analyse – ou « la psychothérapie à inspiration analytique », comme on dit – touche à sa fin. Dans les deux cas, ces deux formes de thérapie se basent sur la parole et sont à distinguer des thérapies dites « brèves ».

Seulement, trouver des solutions à ses problèmes ne conduit pas toujours à quitter le divan ou le fauteuil, comme l’explique Chantal Masquelier-Savatier, psychologue clinicienne et Gestalt-thérapeute, co-auteure de « Regards croisés sur la psychothérapie – Psychanalyse et Gestalt-thérapie » (éd. Enrick B.) : « Résoudre la demande initiale n’empêche pas les patients de continuer. Ils prennent goût à la démarche et à l’exploration d’eux-mêmes. C’est lors de cette deuxième étape que de véritables transformations émergent ». 

En somme, on venait pour un arbre, on découvre une forêt. Voilà qui nous pousse à rester, par besoin d’aller plus loin ou par simple « plaisir intellectuel », selon les termes de la psychanalyste Valérie Blanco, auteure de « L’effet Divan » (éd. de L’Harmattan), qui rappelle que « parler de soi est très agréable » mais « pas toujours suffisant pour poursuivre l’analyse ». Alors comment reconnaître la fin de la psychothérapie, la vraie de vraie ? Comment savoir si notre mieux-être est synonyme de possible autonomie ou si nous méritons encore de poursuivre le travail, ou un travail ?

« J’allais chez le psy comme on va chez le coiffeur ou l’esthéticienne »

« Dès le départ, la relation entre le patient et l’analyste doit mener à sa rupture », cadre d’emblée Valérie Blanco, qui précise cependant qu’il n’existe pas de « durée thérapeutique idéale », raison pour laquelle il est difficile d’identifier le bon moment pour mettre fin à son analyse. Toutefois, un « point de butée » est susceptible de nous alerter : « Un jour, on tombe sur un os. Cet os de la cure est une sorte de noyau incurable qui résiste à toute mise en mot. Nous n’avançons plus. Les séances pourraient se multiplier, on ne ferait que blablater », développe Valérie Blanco.

Cet os, en langage plus commun, c’est l’impression d’avoir fait le tour, comme l’illustre Vanessa, 39 ans : « J’allais chez le psy comme on va chez le coiffeur ou l’esthéticienne. Ça me faisait plaisir de discuter avec lui mais il ne se passait plus rien d’intéressant. » Mais pas besoin d’attendre cet os – ou un cul de sac qui y ressemble – pour stopper le travail thérapeutique. « Le patient est libre d’arrêter quand il le souhaite, peu importe le terme théorique. Le bon moment est celui où l’on habite de nouveau sa vie », détaille la psychanalyste. 

« Il ne faut pas confondre la fin de la thérapie et la fin du travail sur soi »

Sihem, aujourd’hui 35 ans, a consulté à l’âge de vingt ans après une tentative de suicide. « Après sept ans d’analyse, j’ai retrouvé l’envie de vivre, je me suis sentie alignée avec moi-même », nous dit-elle. Tellement alignée qu’elle est devenue coach. « Je possédais tous les outils pour m’en sortir et j’étais mon propre laboratoire. Pour moi, aider les autres était une suite logique », ajoute-t-elle.