Teddy Beat, troisième sexe

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C'est une période chargée pour Morgan Navarro : après les deux tomes de Ma vie de réac en 2016 et 2018, il sortait au printemps 2020 Stop Work (éditions Dargaud) en collaboration avec Jacky Schwartzmann qui posait un regard acerbe sur les mutations du monde de l'entreprise moderne, et Le Président (éditions Les Arènes) en collaboration avec Philippe Moreau-Chevrolet, dystopie politique qui imaginait l'accession à la Présidence de la République de Cyril Hanouna en 2022. Avec la sortie de Teddy Beat : Sex Change, on peut littéralement parler d'un triple retour : à son éditeur historique, Les Requins Marteaux, maison d'édition bordelaise spécialisée en bande dessinée alternative au sein de laquelle il avait fait ses premiers pas, à la géniale collection "érotico-comico-expérimentale" de cette dernière, BD Cul, qu'il avait été l'un des premiers auteurs à explorer, et enfin à son personnage fétiche, Teddy Beat, ourson à la libido débordante, dont le premier volume des aventures lui avait permis de remporter le Prix de l'audace du Festival d'Angoulême en 2012.

Un ours bien léché

Recueils de fantasmes masculins d'une crudité assumée (et réservés, précisons-le d'emblée à un public très averti), les deux premiers tomes de Teddy Beat mettaient toujours habilement à distance le caractère hautement outrancier des situations abordées par le biais d'un univers imaginaire fantaisiste et multicolore, peuplé de références à diverses niches de la pop-culture. Sans se priver pour autant d'aborder, en filigrane, quelques interrogations sociétales entre (et parfois même au beau milieu de…) ses séquences les plus licencieuses. Une approche audacieuse, qu'on retrouve de manière peut-être encore plus poussée au sein de ce troisième volet. S'il évacue prudemment la question du genre (c'est bel et bien uniquement d'un changement de sexe à des fins purement sexuelles qu'il s'agit ici), Teddy Beat : Sex Change ne réduit pas pour autant la "transformation" de son personnage principal en simple artifice scénaristique, mais s'en empare au contraire pour explorer une sorte de troisième voie, à la fois tendre et ironique, qui finit par prendre corps dans un climax d'anthologie aux proportions littéralement… cosmiques.