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Les chasseurs de trophées du poste 39 : Au cœur du scandale de racisme au sein de la police de Montréal

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Le 12 juin 2026, à 22 h 30, le chef de police de Montréal, Fady Dagher, s’est présenté devant les journalistes de nuit pour leur annoncer une nouvelle qui allait anéantir tous les espoirs d’un système policier amélioré dans la ville.

“Visiblement ébranlé, M. Dagher a annoncé la dissolution de l’ensemble de l’unité de patrouille de nuit du poste 39, à Montréal-Nord, composée de 16 agents. Cette unité faisait l’objet d’enquêtes en cours concernant ses actions racistes et concertées, qui avaient causé de graves préjudices et des humiliations à des citoyens noirs et arabes”.

 L'une des accusations les plus révoltantes concernait des policiers coupant ou arrachant les dreadlocks d'hommes noirs lors de contrôles routiers aléatoires, afin de les conserver comme « trophées ». De plus, l'unité aurait systématiquement infligé des amendes à des résidents racisés pour des raisons arbitraires et racistes. Deux agents ont été immédiatement suspendus de leurs fonctions et placés sous surveillance judiciaire ; le troisième sera inculpé. Quatorze agents ont été réaffectés à des tâches administratives et sommés de ne plus avoir de contact avec le public. Ce scandale a ravivé une plaie béante et historique pour une ville et une province déjà profondément divisées sur la question des préjugés systémiques au sein des forces de l'ordre.

      Une culture de déshumanisation au grand jour

Ce qui est révélé au poste de police 39, situé dans un secteur longtemps considéré comme l'un des plus critiques et sensibles de l'arrondissement le plus diversifié de Montréal, suggère une violation grave et généralisée de la déontologie professionnelle. Les enquêteurs affirment que les abus n'ont pas été perpétrés par un seul agent isolé, mais par plusieurs. Il s'agissait plutôt d'une pratique organisée et appliquée, menée principalement par de jeunes agents, ayant moins de cinq ans d'ancienneté, dont la plupart n'avaient jamais été en contact avec le public. mer.

Lors de son allocution nocturne, le chef Dagher n'a pas hésité à exprimer sa colère. Ses propos sur l'immoralité des cheveux humains utilisés comme trophées ont dénoncé la dégradation des valeurs morales au sein de son service.

Je suis vraiment surpris, je ne pense pas que ce soit possible en 2026, à quel point cela me blesse profondément, et ces agents souillent notre uniforme. » Ce quartier est celui-là même qui a été le théâtre de graves troubles civils en 2008, lorsque Fredy Villanueva, âgé de 18 ans, a été abattu par la police. « Exclure les résidents marginalisés au lieu de les protéger, un discours tenu depuis près de 20 ans”.

Fatigue et validation sont les thèmes de la Perspective militante

Ces révélations sont un coup dur pour Will Prosper, documentariste, militant communautaire et cofondateur de l’organisme de justice sociale Hoodstock. Né et élevé à Montréal-Nord, Prosper est témoin du profilage racial par la police depuis des décennies et affirme que l’impact psychologique de cette pratique sur les jeunes du quartier est incommensurable.

Reconnaître le choc institutionnel survenu à l’hôtel de ville relève de la mauvaise foi, déclare Prosper, mais il s’agit d’un tournant qui a permis l’émergence de lanceurs d’alerte internes.

“Enfin, la vérité éclate au grand jour », a déclaré Prosper. « Ce sont des événements dont nous parlons depuis des années, mais la police a enfin eu le courage de s’exprimer. » Il insiste sur le fait que le traumatisme subi par la communauté est historique et se transmet de génération en génération, les familles étant contraintes de « constamment expliquer la situation à leurs enfants ». Il dénonce les pratiques douteuses de Proper et affirme que les allégations de chasse aux trophées constituent une « évolution inquiétante » d'une « culture d'impunité absolue “.

La lutte structurelle : Déconstruire le mythe des  brebis galeuses 

Les efforts du SPVM pour limiter les dégâts ont relancé le débat sur la définition du racisme dans les institutions publiques, un débat de longue date au Québec. En réaction à ce scandale, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a partagé l'expérience de sa famille, expliquant que son mari, noir, avait été interpellé sans raison par la police de Montréal à plusieurs reprises au cours de la dernière année. Depuis, Mme Ferrada réclame l'interdiction immédiate des contrôles d'identité arbitraires.

Cependant, le gouvernement provincial du Québec, dirigé par la première ministre Christine Fréchette, refuse toujours d'utiliser le terme « racisme systémique ». Fréchette et le ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière, ont plutôt insisté sur le fait que les incidents survenus au poste 39 découlaient des « agissements d'un petit groupe d'agents compromis ». Les groupes de défense des droits civils affirment que cette défense sémantique vise activement à empêcher le service de police de se doter des réformes profondes et transformatrices nécessaires pour répondre aux besoins des communautés racialisées. Alain Babineau, directeur des relations avec le secteur policier de la Coalition rouge et ancien agent de la GRC, tient à ce que l'on ne sous-estime pas l'ampleur du problème.

Babineau a déclaré qu'on ne peut régler les problèmes à l'échelle systémique sans solutions systémiques, et que de nombreuses études indépendantes l'ont démontré pour les Montréalais noirs et autochtones. Mais il ne s'agit pas de deux ou trois brebis galeuses ; si tel était le cas, la solution serait trop facile”. 

Exigence d'une enquête entièrement indépendante

Durant la crise, le ministre de la Sécurité intérieure, Jean-Jacques Lafrenière, a nommé Anne-Marie Boisvert observatrice indépendante chargée de mener les enquêtes criminelles et disciplinaires internes du SPVM.

Un groupe d'organismes communautaires réclame une enquête publique provinciale totalement distincte. Selon eux, une enquête à huis clos menée par le SPVM avec un observateur désigné ne permettra pas de s'attaquer aux problèmes culturels sous-jacents qui ont permis à une unité de patrouille de nuit entière de se sentir à l'aise de gérer un réseau de harcèlement raciste.

Pour les résidents de Montréal-Nord, l'avenir ne se résume pas à la réaffectation de 14 agents et à des excuses tardives. Il exige une refonte radicale du maintien de l'ordre dans les communautés marginalisées du Québec. Si l'hôtel de ville et le gouvernement provincial ne prennent jamais de mesures audacieuses pour s'attaquer à la corruption systémique qui gangrène la ville, Montréal-Nord restera à jamais marqué par une grande méfiance.